06-12-2013

De l’être-ensemble - Vom Zusammen-Sein


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De l’être-ensemble

Langage du sensible partagé

Étant témoin du déroulé du programme Transfabrik et l’une des participant(e)s au groupe de réflexion, j’avais envie de réfléchir sur le rassemblement de ces personnes, les seize étudiants, doctorants et danseurs provenant de différentes écoles affiliées au champ des arts et de la culture. Mon propos ne va pas se concentrer sur l’expérience esthétique de la spectatrice que je suis mais plutôt sur le fait d’« être-ensemble » dans le partage de cette expérience, et les liens sensibles et réflexifs crées grâce au projet Transfabrik. Je naviguerai donc entre le « je » et le « nous ».
Mais avant cela, je dois déterminer le cadre général.

Transfabrik, s’est en effet engagé sur quatre sessions distribuées géographiquement entre la France et l’Allemagne, dont chacune est ponctuée par des festivals des arts de la scène. Notre itinéraire a débuté avec Brest, ensuite Essen, puis Berlin, pour se conclure à Paris. Un voyage marqué par quatre stations, sur une période allant de mars à juin 2013, où l’on a pu parcourir des créations issues essentiellement de la sphère de la danse contemporaine occidentale.
En tant que spectatrice, j’ai donc assisté à un certain nombre de pièces chorégraphiques programmées au sein des festivals et sélectionnés par les coordinateurs du projet Transfabrik. Les mises en scène théâtrales, les pratiques performatives et les arts plastiques étaient également présents dans cette programmation. L’objectif du projet était aussi de compléter cet itinéraire par différentes rencontres avec les acteurs de la programmation et de la diffusion ainsi que des philosophes et historiens qui réfléchissent sur la danse ainsi que des artistes qui ont pour la plupart le souci de mettre en scène et en interrogation « l’être-ensemble ».

Tout au long de cette expérience, nous n’étions pas seulement spectateurs des pièces, mais des observateurs actifs, prenant part non seulement à la réception des œuvres mais à l’ensemble de l’environnement dans lequel nous étions baignés. Il s’agissait d’être attentifs aux différences entre les lieux culturels français et allemands, des modes de réception des spectateurs de France et d’Allemagne, de la qualité de l’accueil du public au sein des festivals ainsi que de la clarté et de l’accessibilité de la programmation artistique pour le simple visiteur.
Cette position, spécifique à chacun(e) des membres du « groupe d’étudiants », située à proximité des acteurs des festivals (artistes, programmateurs, public), entre le décor et l’envers du décor, a nourrit nos échanges et discussions au sein des ateliers de réflexion et d’écriture. L’expérience esthétique des propositions artistiques était, en ceci, complétée par l’examen de ce qui constituait un festival artistique en France et en Allemagne.
Cependant, ce qui était étonnamment le plus pertinent dans ce circuit européen, de mon point de vue, ce sont les moments partagés, les heures de discussion que nous avions autour de la réception singulière à chacun des pièces auxquelles nous avons assisté et ce qu’elles « travaillaient » chez chaque participant. Ces discussions entre les membres du groupe, ou devrais-je dire, de cette communauté provisoire – coordonnée par Franz Anton et Yvane –, étaient des moments d’une rare intensité, puisqu’elles étaient constamment alimentés par des idées, des jugements, des sensations, des suggestions et des problématiques que chacun(e) soumettait aux autres, à la réflexion collective.  

D1. fait un retour sur son expérience autour de la pièce de la veille. F2. reprend une sensation exprimée par D1 et l’argumente à partir des éléments de la mise en scène. L. intervient avec une autre approche du sens véhiculé par cette pièce, que celui ébauché par D1 et F2. Une autre piste encore est suggérée par C2. A partir de la posture du danseur sur scène, qui sera reprise et développée en anglais par A1 en  soutenant son argument par les propos issus de la discussion entamée avec le chorégraphe. Une affirmation de ce dernier est rappelée par F1, qui sera interceptée et remise en question par K2. qui synthétise les différentes idées soumises jusque-là.
V. intervient par une note précise sur ce que lui suggère la notion exprimée par le chorégraphe pendant que F2. note avec minutie chaque parole distribuée lors de l’échange. A2. pose la problématique de la position du spectateur en parallèle à ce qui a été évoqué par le chorégraphe. L. profite d’un court silence pour développer son point de vue en anglais pendant que D2. traduit à M. deux notions émises par V. du français vers l’allemand alors que K2. demande à A3. de lui traduire une partie du propos de L. de l’anglais vers le français. C1 prend position sur le décalage entre l’intention émise par l’artiste lors de la rencontre et la mise en scène telle qu’elle a été travaillée. K1 confirme cette critique en relevant les liens entre les éléments scéniques, la partie sonore et les gestes des danseurs.
F1. rappelle que c’est l’heure du déjeuner. Poursuite de ce qui a été dit autour du repas. Reprise 2h après, où vont s’intercaler des moments de discussions et d’écriture sous forme individuelle ou par petits groupes.

La dynamique de ces échanges oraux puisait dans la matière vivante d’un mouvement réflexif à plusieurs cerveaux, bouches, oreilles et sensibilités.
Organique, plastique, pluridirectionnel et trans-individuel, l’échange sous sa forme parlée entre les sujets du groupe se tisse fil après fil, où l’un se croise à l’autre, puis à un troisième, etc., constituant sur la durée des nœuds problématiques. Une espèce de toile irrégulière ponctuée par des mouvements pulsatiles qui évolue progressivement et où chacun prend en compte le point de vue et la sensibilité de l’autre. Plus que des discussions, ce sont des interactions d’idées et de sensations à géométries variables qui s’agencent durant ces brèches temporelles si précieuses, réservées à la discussion.
Plus les jours passent, mieux on apprend à nous connaître, et davantage se dessinent des points d’intérêts et de questionnements propres à chacune des singularités qui constituent le groupe. Le mouvement entre le singulier et le pluriel (entre l’un et les autres) se renforce dans le sens où les questionnements posés retrouvent graduellement une résonnance commune qu’elle soit sensible et/ou réflexive. Ainsi, ces échanges renouvelés chaque matinée et poursuivis parfois jusqu’à l’aube sous forme de dialogues à deux ou à trois, se fomentaient au fur et à mesure des nombreuses rencontres, qu’elles soient avec une pièce, une personne, un artiste, une ville ou une sensation partagée.
Des prises de positions émergent par exemple, sur la sur-institutionnalisation de la création artistique contemporaine qui inhiberait selon certains le potentiel critique d’un art où le corps et sa contemporanéité sont au centre de ses investigations. D’autres encore se passionnent pour l’hétérogénéité culturelle du groupe qu’on formait et la pluralité des langues. D’autres imaginaient une nouvelle forme de festival artistique où le nomadisme et la mobilité seraient ses principaux enjeux. Pendant que quelques-uns essayaient d’analyser ce que l’on donne à voir, à lire et à entendre aux spectateurs, remettant en question le conditionnement de l’expérience esthétique d’un spectateur lambda par le contenu des programmes distribués avant le début des spectacles.  

Toutes sortes de problématiques furent ainsi posées, avec une question récurrente, pour ma part, formulée comme suit : « Que proposent ces pièces comme matériau sensible avec lequel je pourrais interagir et comme matière à réflexion sur le monde dans lequel on vit, sur l’être-ensemble et sur l’état de la danse occidentale aujourd’hui? ».
Cette question résume en quelque sorte la cuisine des ateliers. On était en effet situé sur le plan du sensible, où les expériences passées spécifiques à chacun(e), les connaissances théoriques, les intuitions de l’instant et les sensations éprouvées, se « trans-fabriquaient » dans un être-ensemble formé au sein de ce regroupement. On parlait en réfléchissant, on réfléchissait en nous taisant, on argumentait et on synthétisait en articulant un langage, que je propose de nommer le « langage du sensible partagé ».
Cela était possible au sein de cette aventure Transfabrik(ienne) pour une raison simple, c’est qu’on était DISPONIBLES. On disposait du facteur « temps ».
Et je me rends compte, avec le recul, d’une chose capitale qui dépasse le cadre de cette expérience : dès qu’on se libère (relativement) du temps et du moment qu’on cesse de l’éprouver et de le vivre en termes de « course », « d’urgence », « d’argent », d’«échéance » ou de « rentabilité », c’est précisément dans cette brèche où peut émerger l’inattendu : un être-ensemble qui prend corps autour d’un objectif, celui de réfléchir ensemble de ce qui « NOUS » préoccupe.
L’acte de réfléchir, d’habitude solitaire, demandant un certain retrait, exigeant un isolement, devient expérience plurielle, acte collectif, geste à plusieurs et alimenté par l’interaction des idées et la circulation des sensations entre les singularités présentes.
L’objectif de cet être-ensemble est lui-même processus, work in progress, parce que la réflexion qu’on a mené, à la fois sur le plan individuel et collectif, a progressé vers une critique – au sens d’analyse des manquements et prises de position – sur différents aspects de la scène artistique contemporaine franco-allemande.
Le point nodal de ces aspects critiques furent deux constats liés et conséquents : celui du cloisonnement du « monde artistique » des différents champs de la vie quotidienne, sociale et politique et celui de la constitution d’une élite, d’artistes, d’experts et de spécialistes qui détiendrait ce royaume nommé : art.

Pour conclure, et si je devais faire un pas de côté en dehors du champ strictement artistique, je ne peux m’empêcher de penser que cette construction collective d’un « réfléchir-ensemble » (in progress) que nous avons mis en place dans ces ateliers est possible sous une forme plus élargie. Celle d’un être-ensemble au cœur de la société et qui se formerait autour de cette question : et si on s’accordait un peu de ce temps qui semble s’accélérer et nous fuir, pour nous mettre à réfléchir ensemble autour des problèmes qu’on a du mal à formuler et à affronter individuellement et qui touchent communément nos existences?
Je ne cacherais pas le sens politique de la notion de l’« être-ensemble » dans cette proposition, qui ouvrirait sur une autre question qui ne serait que son prolongement pratique : pouvons-nous transformer nos conditions de vie en fabriquant de nouvelles formes d’être-ensemble(s) puisque l’on partage des questionnements similaires et des difficultés communes ?

Kahena Sanaâ

DE

Vom Zusammen-Sein

Wie man das Sinnliche teilt und darüber spricht

Als Zeugin des gesamten Verlaufs des Programms Transfabrik und Teilnehmerin an der Reflexionsgruppe habe ich Lust bekommen, über diese Ansammlung von Personen nachzudenken, dieser sechzehn Studenten, Doktoranden und Tänzer, die unterschiedlichen Schulen aus dem Umkreis des Bereichs der Künste und der Kultur entstammten. Ich werde mich nicht auf die ästhetische Erfahrung der Zuschauerin konzentrieren, die ich bin, sondern eher auf das Phänomen des "Zusammen-Seins" beim Teilen dieser Erfahrung und auf die sinnlichen und intellektuellen Bindungen, die durch das Projekt Transfabrik entstanden sind. Ich werde mich also zwischen dem "ich" und dem "wir" hin und herbewegen.
Doch zuvor muss ich den allgemeinen Rahmen festlegen.

Transfabrik hat sich über vier Sitzungen hinweg erstreckt, die geografisch zwischen Frankreich und Deutschland aufgeteilt waren. Jede dieser Sitzungen war in den Ablauf eines Bühnenkunst-Festivals eingebunden. Unsere Reiseroute begann in Brest, führte uns anschließend nach Essen, dann nach Berlin und endete schließlich in Paris. Eine Reise mit vier Stationen, von März bis Juni 2013, in deren Verlauf wir Gelegenheit hatten, uns einen kurzen Überblick über Arbeiten zu verschaffen, die ausschließlich der Sphäre des zeitgenössischen Tanzes abendländischer Prägung entstammten.
Als Zuschauerin habe ich also einer gewissen Anzahl von choreografischen Stücken beigewohnt, die im Rahmen von Festivals programmiert waren und von den Koordinatoren des Projekts Transfabrik ausgewählt worden waren. Theaterinszenierungen, performative Praktiken und Bildende Kunst waren in diesem Programm ebenfalls vertreten. Ziel des Projekts war es auch, im Rahmen dieser Reiseroute unterschiedlichen Akteuren der Programmgestaltung und der Tourneeorganisation zu begegnen, sowie Philosophen und Historikern, die sich mit Tanz beschäftigen, ebenso wie Künstlern, denen im Wesentlichen daran gelegen ist, das Phänomen des "Zusammen-Seins" zu inszenieren und zu untersuchen.

Über den gesamten Zeitraum dieser Erfahrung hinweg waren wir nicht nur Zuschauer von Stücken, sondern auch aktive Beobachter, die nicht nur mit der Rezeption der Werke beschäftigt waren, sondern auch mit der gesamten Umgebung, innerhalb derer wir uns befanden. Es galt, die Unterschiede zwischen den französischen und deutschen Kultureinrichtungen aufmerksam zu studieren, die unterschiedlichen Rezeptionsweisen der Zuschauer in Frankreich und Deutschland, die Unterschiede in Bezug auf den Umgang mit dem Publikum innerhalb der Festivals, sowie in Bezug auf die Klarheit und Zugänglichkeit der künstlerischen Programmgestaltung für den einfachen Zuschauer.
Diese Position, bei der sich alle Mitglieder der "Studentengruppe in großer Nähe zu den Akteuren der Festivals (Künstler, Programmkuratoren, Publikum), zwischen dem Geschehen auf der großen Bühne und dem, was hinter den Kulissen vor sich ging, befanden, hat unserem Gedankenaustausch und unseren Diskussionen innerhalb der Schreib- und Reflexions-Workshops wertvolle Nahrung gegeben.
Die ästhetische Erfahrung der künstlerischen Arbeiten wurde darin durch die Untersuchung dessen ergänzt, was ein künstlerisches Festival in Deutschland und in Frankreich ausmachte.
Dennoch sind meiner Meinung nach erstaunlicherweise die geteilten Augenblicke, die stundenlangen Diskussionen, die wir über die individuelle Rezeption jedes einzelnen Stückes führten, das wir gesehen hatten, und darüber, was sie bei jedem einzelnen Teilnehmer "ausgelöst/in Bewegung gesetzt" hatten, das Stimmigste an dieser Europareise. Diese Diskussionen zwischen den Mitgliedern der Gruppe, oder sollte ich sagen, innerhab dieser provisorischen Gemeinschaft - die von Franz Anton und Yvane koordiniert wurde –, waren Momente von einer seltenen Intensität, da jeder einzelne den anderen unablässig Einfälle, Urteile, Eindrücke, Anregungen und Problematiken zum kollektiven Nachdenken vorlegte.
D1 gibt Rückmeldung über seine Erfahrung mit dem Stück vom Vorabend. F2 nimmt einen von D1 geäußerten Eindruck wieder auf und untermauert ihn argumentativ,  ausgehend von Elementen der Inszenierung. L interveniert mit einem Zugang zu dem Sinn, der von diesem Stück transportiert wird, der sich von dem von D1 und F2 unterscheidet. C2 schlägt wiederum eine ganz andere Spur vor. Ausgehend von der Haltung des Tänzers auf der Bühne, die auf Englisch von A1 übernommen und weiterentwickelt wird, indem er seine Argumentation mit Äußerungen untermauert, die der mit dem Choreografen begonnenen Diskussion entstammen. F1 erinnert an eine Aussage des Choreografen, die wiederum von K2 unterbrochen und in Frage gestellt wird, der die bis dahin vorgebrachten Ideen zusammenfasst.
V interveniert mit einer genauen Beschreibung dessen, was der von dem Choreografen geäußerte Begriff bei ihm auslöst, während F2 minutiös jede sprachliche Äußerung notiert, die während der Diskussion gemacht wurde. A2 stellt die Problematik der Position des Zuschauers derjenigen gegenüber, die der Choreograf erwähnt hat. L nutzt ein kurzes Schweigen aus, um seine Perspektive auf Englisch darzulegen, während D2 für M zwei von V verwendete Begriffe aus dem Französischen ins Deutsche übersetzt, während wiederum K2 A3 darum bittet, einen Teil von Ls Äußerung für ihn aus dem Englischen ins Französische zu übersetzen. C1 bezieht Stellung zu der Diskrepanz zwischen der vom Künstler während des Treffens geäußerten Intention und der tatsächlich erarbeiteten Inszenierung. K1 bestätigt diese Kritik, indem er die Verbindungen zwischen den szenischen Elementen, dem Soundanteil und den Gesten der Tänzer aufzeigt.
F1 erinnert daran, dass es Zeit fürs Mittagessen ist. Fortsetzung der Diskussion während der Mahlzeit. Wiederaufnahme zwei Stunden später, wobei die Diskussion abwechselnd individuell und in kleineren Gruppen stattfindet.   

Die Dynamik dieses mündlichen Gedankenaustauschs schöpfte aus dem lebendigen Material einer reflexiven Bewegung mit mehreren Gehirnen, Ohren und Sensibilitäten. Organisch, plastisch, in mehrere Richtungen zugleich gerichtet und überindividuell, entspinnt sich der Austausch  in seiner gesprochenen Form zwischen den Subjekten der Gruppe, Faden für Faden, wobei einer den anderen und dann wieder einen dritten kreuzt usw., wodurch auf die Dauer problematische Knoten entstehen. Eine Art von unregelmäßigem Gewebe, das von pulsierenden Bewegungen begleitet wird, das sich nach und nach vorwärts bewegt, wobei jeder die Perspektive und die Sensibilität des anderen miteinbezieht. Noch wertvoller als die Diskussionen sind die Interaktionen von Gedanken und von Eindrücken in unterschiedlicher Form, die sich während dieser kurzen zur Diskussion bestimmten Zeiträume zusammenfügen.
Je mehr Tage vergehen, desto besser lernen wir einander kennen, und desto klarer zeichnen sich die spezifischen Interessensschwerpunkte und Fragestellungen der einzelnen Individuen ab, aus denen sich die Gruppe zusammensetzt. Die Bewegung zwischen dem Individuum und dem Kollektiv (zwischen dem einen und den anderen) verstärkt sich insofern, als die dargelegten Fragestellungen nach und nach einen gemeinsamen Widerhall finden, egal ob nun sinnlich oder reflexiv. So wurden diese jeden Morgen neu begonnenen und manchmal bis zur Abenddämmerung fortgesetzten Gespräche in Form von Dialogen zu zweit oder zu dritt im Verlauf der zahlreichen Begegnungen immer intensiver, egal, ob es sich um Dialoge mit einem Stück, einer Person, einem Künstler, einer Stadt oder um Gespräche über einen geteilten Sinneseindruck handelt.
Standpunkte bilden sich heraus, zum Beispiel zur übermäßigen Institutionalisierung des zeitgenössischen künstlerischen Schaffens, die nach Ansicht einiger Teilnehmer das kritische Potenzial der Kunst einschränkt, die den Körper und seine Zeitgenossenschaft in den Mittelpunkt ihrer Forschung stellt. Wieder andere begeistern sich leidenschaftlich für die kulturelle Heterogenität der Gruppe, die wir bildeten und für die Pluralität der Sprachen. Andere stellten sich eine neue Form von künstlerischem Festival vor, wo Nomadentum und Mobilität die Hauptziele wären. Während einige zu analysieren versuchen, was die Zuschauer zu sehen, lesen und zu hören bekommen, und dabei die Konditionierung der ästhetischen Erfahrung eines Durchschnittszuschauers durch den Inhalt der vor Beginn der Aufführungen verteilten Programmzettel untersuchen.  

Alle Arten von Problematiken wurden so behandelt. Dabei kehrte eine Frage immer wieder, die ich persönlich folgendermaßen formuliere: « Was bieten diese Stücke an sinnlichem Material, mit dem ich interagieren könnte und an Material für die Reflexion über die Welt in der wir leben, über das Zusammen-Sein und über den gegenwärtigen Zustand des Tanzes in der westlichen Gesellschaft?".
Diese Frage fasst in gewisser Weise den Workshopalltag zusammen. Wir hatten uns nämlich auf der Ebene der Sinnlichkeit angesiedelt, auf der die spezifischen Erfahrungen jedes/r einzelnen, die theoretischen Kenntnisse, die spontanen Intuitionen und die Sinneseindrücke sich in einem Zusammen-Sein innerhalb dieser Ansammlung von Individuen "trans-fabrizierten". Wir redeten, indem wir nachdachten, wir dachten nach, indem wir schwiegen, wir argumentierten und fassten zusammen, indem wir eine Sprache artikulierten, die ich gerne die "Sprache der geteilten Sinnlichkeit" nennen möchte.
Dies war innerhalb dieses Transfabrik-Abenteuers aus einem einfachen Grund möglich: weil wir DAZU BEREIT waren. Wir verfügten über den Faktor "Zeit".
Aus dem Abstand heraus wird mir nun etwas extrem Wichtiges klar, das über den Rahmen dieser Erfahrung hinausgeht: Sobald man sich von der Zeit (relativ) freimacht und aufhört, sie zu spüren und sie als etwas zu erleben, das mit "Wettlauf", "Geld", "Fälligkeitsdatum" oder "Rentabilität" zu tun hat, kann genau in dieser Bresche das Unerwartete hervortreten: ein Zusammen-Sein mit einem gemeinsamen Ziel, dem Ziel, gemeinsam über das nachzudenken, was "UNS" beschäftigt.
Der Akt des Nachdenkens, der für gewöhnlich einsam ist und eine gewisse Zurückgezogenheit und Isolation erfordert, wird zu einer pluralistischen Erfahrung, einem kollektiven Akt, einer Geste zu mehreren, die von der Interaktion der Gedanken und dem Austausch der Sinneseindrücke zwischen den anwesenden Einzelwesen geprägt ist.
Das Ziel dieses Zusammen-Seins ist selbst ein Prozess, ein work in progress, da sich unser Nachdenken, sowohl auf individueller als auf kollektiver Ebene, zu einer Kritik an verschiedenen Aspekten der zeitgenössischen deutsch-französischen Kunstszene verdichtet hat.
Knotenpunkt dieser kritischen Aspekte waren zwei Feststellungen, die zusammenhingen und auseinander folgten: die Abkapselung der "Kunstwelt" vom alltäglichen, gesellschaftlichen, und politischen Leben, und die Bildung einer Elite, bestehend aus Künstlern, Experten und Spezialisten, die über dieses Königreich herrscht, das man "Kunst" nennt.

Zusammenfassend kann ich nicht umhin, für einen Augenblick den streng genommen künstlerischen Bereich zu verlassen und zu denken, dass dieses kollektive Konstruieren eines "Zusammen-Denkes (in progress), das wir in den Workshop entwickelt haben, auch in einer erweiterten Form möglich ist. In Form eines Zusammen-Seins in der Mitte der Gesellschaft, das von folgender Frage geleitet würde: Was, wenn wir ein wenig von der Zeit, die sich immer mehr zu beschleunigen scheint und uns durch die Finger zu rinnen scheint, darauf verwenden würden, damit anzufangen, gemeinsam über die Probleme nachzudenken, die wir individuell nur schwer formulieren und in Angriff nehmen können und die die Existenz jedes einzelnen von uns betreffen?  
In diesem Sinne hat der Begriff "Zusammen-Sein" eine ganz explizit politische Bedeutung, die uns zu der folgenden Frage führt: Können wir, die wir ähnliche Fragestellungen und Schwierigkeiten teilen, unsere Lebensbedingungen verändern, indem wir neue Formen des Zusammen-Seins "fabrizieren"?
Traduction: Frank Weigand
 

Kahena Sanaâ

© TRANSFABRIK - 2013